Chronique d’une mère ordinaire, ou la chance de vivre en France en 2006 !
Texte: Valérie Donius
Photos : Valérie, Petra Svecova-Jean
Bien compris, le partage moderne des tâches donne de la liberté.
Chronique d’une mère ordinaire savourant son bonheur de voler au raid du Mercantour. Ou la chance de vivre en France en 2006 !
Deux !
J’ai 2 enfants, Poussinette, Perrine, née le jour des 15 ans du club Grand Vol (67), il y a 2 ans ¼ et Tiloulou, Antoine, qui vient de fêter son 8ème « moisiversaire ».
Dimanche 12 février 2006, il est 6h, et c’est l’heure de chauffer la tisane et préparer le casse-croûte. Hier, on a essayé d’alléger le parapente au maximum : pas de secours, pas de mousse bag, mais un T-shirt de rechange, casque VTT, bâtons télescopiques et raquettes, et 0,5 L d’eau.
Tiloulou se réveille à 6h30, c’est l’heure de sa tétée (je l’allaite encore). Je le recouche, il se rendort facilement.
-« Tu vas voler, Maman ?», me demande Poussinette,
-« Je vais en montagne me promener et peut-être voler. C’est Papa qui s’occupe de vous aujourd’hui, à la maison ».
Les cadors
A la Turbie, rendez vous d’une trentaine de parapentistes et covoiturage jusqu'à Castérino, près de Tende et la vallée des Merveilles (vallée Roya-Bévéra, 06).
Route de montagne, sinueuse, bien dégagée. J’apprécie d’être dans le 4x4 d’un parapentiste lorsque nous roulons sur une plaque de verglas. Nous dépassons ensuite l’endroit où, la semaine dernière, un conducteur miraculé a vu sa voiture écrabouillée par un rocher lors d’un glissement de pan de montagne.
Un passager trentenaire nous confie qu’il ne se lèverait pas tous les jours à 6 h et qu’il espère que ça va voler aujourd’hui … Je souris doucement : ça fait quand même bien 800 nuits d’affilée que Poussinette, réglée comme un coucou suisse, nous réveille à 5 : 55 AM, psychologiquement dur !
Un autre nous conte que c’est à Auron (06 aussi) en été qu’il a subi ses plus forts thermiques : plus de +10m/s , soit 1600m de gain en un rien de temps, avec une obsession : « ne pas sortir, sinon gare au cisaillement »…
C’est là aussi que je me rappelle que Luc, à l’origine de la transmission de l’info et du covoiturage pour aujourd’hui, a été 4è à la CFD l’an dernier. Je me demande si je ne me suis pas trompée d’endroit, avec mon mental tourikiki de mère de famille : y’a des furieux aujourd’hui. Je ne volerai que si je le sens tranquillou à 100 %.
Arrivée à Castérino : ambiance festive et familiale, jour du raid du Mercantour. Certains feront 4 h de VTT sur piste de fond damée, d’autres skieront avec tir à la carabine, notamment pour le relais des familles.
Les parapentistes sont là pour "colorer le ciel bleu", tout au long de la journée.
Ascension et vol
Vers 9h, l’ascension des 700 m de dénivelée commence dans une petite vallée blanche, semée de mélèzes givrés. C’est cool. La sente a été plutôt bien damée par d’autres marcheurs et je n’ai pas besoin de chausser les raquettes. Super, elles sont bien sur le dos !
Vers le milieu du parcours, la neige est souple, et l’on s’enfonce. Les raquettes sont appréciées à présent ! Nous traversons la Baisse de Peyrefique et abordons la crête. Un dernier raidillon et, vers Midi, les premiers arrivent au décollage, situé à 2200 m, près du Mont Chajol. On aperçoit de vieux forts, le col de Tende, l’Italie …
Vent de face, il n’y a de place que pour 2 voiles sur ce décollage relativement raide et court. L’esprit d’entraide, et la dénivelée qui étale naturellement dans le temps les décollages, font que, malgré le nombre, il n’y aucune gêne. Tous sont heureux de s’envoler.
La nature est généreuse et il y en a pour tous les goûts : ceux et celles comme moi, 7 nénettes tout de même, qui souhaitent un vol contemplatif partent en premier(e)s et ceux plus chevronnés qui attendent les thermiques … Il y en a de beaux ici en hiver en haute montagne. Les faces Sud sont déneigées ce qui offre un très bon contraste avec la neige ! L’an dernier des plafonds à 3700m avaient été réalisés.
Un déco raté, (surprise par la neige un peu profonde qui empêche de se décaler rapidement sous la voile), un coup de main sympa des copains, et me voila en l’air avec un panorama à 360°.
Dans ces moments, j’ai toujours une pensée pour les moniteurs bénévoles de Breitenbach (67), et Catherine qui m’ont fait travailler au sol. Un clin d’œil aussi à Florent, dit Waza, un jour où, avec des potes, on a décollé à Reinhardsmunster : la voile sur un chemin forestier, et le (la) pilote dans un trou entre les ronces !
Luc emmène la femme d’un ami en biplace voir les chamois, durant 1h30.
A l’atterrissage, j’ai le temps de faire connaissance avec Aude et Kris, qui reviennent d’un tour du monde d’un an, parapente au dos, avec un biplace. Ils ont fait découvrir la magie du vol libre à des peuplades vivant dans des endroits très reculés ! Allez vous régaler de leur expérience fabuleuse sur www.airborneplanet.net.
La journée s’achève, mes chauffeurs veulent rentrer assez tôt. Bonne idée, comme ça Tiloulou aura droit lui aussi à sa tétée du soir à 19h. « Maman t’as volé ? C’était souette ? »- me demande Poussinette. Quelques cris de faim, changement de couches, chansons, gros bisous et bonne nuit les petits !
Merci à Luc, président du club « Au Gré De L’Air », à Pierre Lauzière et à Richard Colson pour leur gentillesse et leur dynamisme.
Pierre L : "Par ta participation ajoutée à celle des autres, je suis remercié. Ce rassemblement prouve qu'il est possible aujourd'hui de vivre intensément chaque moment de la vie sans nécessairement sacrifier sa famille et ses enfants."
A tous ceux qui souhaitent découvrir l’ambiance et le cachet de cet endroit, rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle édition du Raid du Mercantour en février 2007 ! (http://www.raiddumercantour.com/)
Vivent les concepteurs de matériel du 21è siècle. Et vivent tous les « nouveaux papas », polyvalents, investis dans l’éveil de leurs enfants dès le plus jeune âge, qui encouragent les mamans à s’épanouir !
C'est grâce à
une succession de petits détails et de gens sympas, que j'ai
eu la chance de pouvoir
faire ce vol : moniteurs qui m'ont montré
l'essentiel autrefois à Grand Vol, une poignée de
parapentistes motivés et accueillants dans les Alpes Maritimes
et un conjoint qui partage les tâches. Il a fallu tout ça,
mis bout à bout, avec une météo clémente,
pour qu’un jour j'aie eu l'assurance suffisante et un peu de
temps pour voler seule. J'ai voulu les remercier car cela n'est plus
fréquent depuis que j'ai une vie de famille.
Valérie