Atterro cata sur un vol banal (2)

Les vraqués (c'est à dire la quasi totalité d'entre nous!) et/ou témoins de vrac décrient l'événement. Le but recherché est de permettre à tous de comprendre ce qui est la cause de l'incident/accident, dans l'espoir de ne pas le reproduire en situation similaire. On a trop souvent des incidents/accidents qui restent peu discutés ouvertement, alors que leur connaissance aurait pu éviter à un autre pilote le même souci!
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Benoit Morel
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Atterro cata sur un vol banal (2)

Messagepar Benoit Morel » Lun Août 06, 2018 10:37 pm

4 ans et quelques mois après ma première contribution, je remets ça :-( J'espère juste que ce ne sera que la seconde fois et pas la deuxième... Je vais donc reprendre le même formalisme que précédemment:

Condition du pilote en début de vol
OK

Expérience du pilote
3500h de vol, 105 sur l'année en cours

Matériel: (habituel ou en essai, catégorie et type de voile, sellette)
Ozone Zeno (44h de vol avec, après 600h sous Enzo 2) & Exoceat (1200h)

Site du vrac
Atterrissage du 100m à Gourdon (le parking à l'entrée de la piste de l'Embarnier)

Conditions météo et heure au moment du vrac
11h15, conditions thermiques se renforçant mais encore saines

Description libre par le pilote/témoin
Bon, alors, déjà, la veille: j'avais fait petit vol vers le Naouri et, au retour, les conditions commençant à forcir un petit peu je décide d'abréger le vol... J'avais vu Eric se poser juste avant en bi au déco et ça semblait nickel, mais, lors de mon approche, c'était loin d'être le cas... Aussi, je ne me pose pas de question et, ayant de la marge, je me replie sur la voie romaine... Là, c'est l'horreur! L'aérologie est bien pourrie! J'en arrive à ne plus trop m'occuper de gérer mon approche pour me concentrer surtout sur la gestion de l'aile... J'essaie de fuir la zone et reprends 400m dans l'affaire, le temps de retrouver des conditions plus saines devant le déco... Je tente le déco du haut mais ça a un peu forci entre temps et il est assez difficile de se poser sur le terrain... il faudrait arriver par derrière mais, entre l'éarologie pas laminaire et les rochers, c'est beaucoup trop aléatoire à mon goût... Avant de me résigner à aller poser en bas, je fais une tentative sur le déco officiel en faisant, cette fois, ma perte d'altitude devant et j'arrive à me poser correctement du premier coup en arrivant par le parking... mais je me rends vite compte que j'ai eu de la chance d'arriver juste dans le bon créneau car, à chaque cycle thermique, ça rentre assez fort, on entend le vent siffler assez fort dans les arbustes... Pourtant la balise n'annonce pas plus de 18 et 34 maxi... J'estime plutôt que, sans exagérer, on n'a pas loin de 50km/h en maxi sur le déco...

Le lendemain, on remet ça... C'est encore annoncé orageux pour l'après-midi... Sur le papier, on devrait avoir juste le temps d'aller faire un tour sur Saint-Jeannet... Pour une fois Agnès est venue m'accompagner... Je pars vers 10h15 du 100m alors que les premières ailes commencent à tenir devant l'Embarnier... Je fais 1800m dès le premier thermique... On a un peu d'Est... Je trace directement sur le plateau de Courmettes mais, là bas, c'est la misère... c'est très inorganisé et petit... et l'Est n'arrange rien... C'est encore trop tôt... Ca me gave assez vite, c'est inconfortable, en plus, ça commence déjà à bourgeonner du côté de Bleine et la balise annonce déjà des valeurs supérieures à la veille quand je me suis brassé (autour de 19/34 si je me souviens bien). Sitôt que j'arrive à ressortir, je décide donc de rentrer. Même pas 1h de vol mais pas la peine d'insister si ce n'est pas pour se faire plaisir. Ca nous laissera plus de temps pour aller nous balader avant l'orage... J'appelle Agnès en radio, pas de réponse et, en passant au-dessus du 100m, je la vois à côté de la voiture. Une aile est en train de se poser tranquillement au 100m (Jean-Luc probablement). Les conditions sont encore bonnes, pas mal d'ailes continuent de décoller mais je reste sur ma décision d'aller me poser car ça ne peut que forcir. J'étais en train de me diriger vers la voie romaine quand je me dis que, finalement, ce sera aussi simple d'aller, moi aussi, me poser au 100m... Changement de plan donc, je construis mon approche pour arriver derrière le déco par le parking à l'entrée de la piste. Mais je m'y prends mal. D'ordinaire, je m'y pose quand il n'y a plus guère de brise et, là, je suis trop derrière et je sens que je risque de finir sur la piste (à l'endroit où j'avais cartonné précédent justement). On va plutôt assurer le coup en se posant sur le parking... Par contre, je suis mal placé et, étant déjà au-dessus, il va me falloir perdre un peu d'altitude... Je ne suis pas assez haut pour faire un tour et arriver par derrière, un ou deux S en entrée de terrain devraient suffire... J'attaque mon premier S sur la gauche, vers l'entrée de la piste et, là, je passe sous le vent d'un thermique... ma voile plonge sur un arbre qui est dans le virage de la piste... je n'aurais pas le temps de fermer mon virage pour rejoindre le parking, je choisis, au contraire, de l'ouvrir un petit peu pour contourner l'obstacle et poser sur l'axe de la piste... et là, alors que je m'engage sur ma trajectoire de contournement, la voile toujours en train de plonger, je me rends compte que je vais droit sur un gros rocher de l'autre côté de la piste... j'engage immédiatement une manoeuvre d'évitement en fermant mon virage mais c'est trop tard, je n'arrive pas à éviter totalement ce rocher et je tape à pleine vitesse sur les fesses... je rebondis sur le chemin et la voile finit dans l'arbre que je voulais éviter...

Je sens une douleur diffuse dans le bas de la colonne... pas bon ça... tout va bien au niveau des jambes mais, par prudence, je sais déjà qu'il vaudrait mieux appeler les secours. Une voiture qui s'engageait sur la piste se trouve bloquées et les occupants viennent m'aider (je crois d'ailleurs qu'il y a Manfred parmi eux qui, lui aussi, s'est fait une vertèbre 2 mois avant). J'enlève le casque et les gants... Agnès arrive... on déboucle la sellette et je me roule hors de la sellette (ça, ça n'était pas très malin). J'appelle le 112 et explique la situation, on m'envoie les pompiers... Ceux de Bar/Loup étant déjà en intervention, ce sont ceux de Grasse qui arrivent 45mn plus tard alors que je bloque toute la piste. Merci à tous les pilotes qui se chargent pendant ce temps-là de récupérer et plier mon aile. On m'installe dans la coquille et direction les urgences de Grasse... passage au scanner... L1 et L2 sont touchées mais pas de problème au niveau du mur postérieur, le médecin m'annonce qu'il n'y aura pas besoin d'opérer, un corset suffira... ouf ! En soirée, le chef de service passe me voir pour me dire qu'il a transmis mon dossier à un expert pour avoir son avis et que, selon lui, il serait plus sage d'opérer mais c'est juste un premier avis (on est le dimanche, il a juste consulté les cliches sur son téléphone). Il regardera ça plus attentivement une fois au bureau lundi matin... Le lendemain, le chef de service revient pour m'annoncer que, finalement, on me transfert dans l'heure sur Cannes (clinique Oxford) pour m'opérer dès lendemain. C'est le Dr Rillardon qui me reçoit et m'explique un peu la situation (fracture compliquée par une rotation de la vertèbre et sa fragmentation) et ce qu'il compte faire: un spine jack et immobilisation du tout avec deux broches, et, selon ce qu'il constatera, peut-être en plus me prélever de l'os ailleurs (sur la hanche) pour faire une greffe... Au final, on se sera contenter des deux broches en espérant bien qu'on le enlèvera l'année prochaine...

Enseignement éventuel et conclusions tirées
Au bilan, il y a pas mal de choses à dire... bon, déjà, contrairement au coup d'avant (il y a 4 ans de ça), on n'est pas dans un cas d'un risque essentiellement impondérable, là, c'est entièrement moi qui me suis créé mes conditions de l'accident... C'est, je pense, surtout un enchaînement de mauvaises petites décisions qui, à chaque fois ont amené une prise de risque un peu plus élevé: d'abord éviter de devoir marcher un peu (en optant pour le 100m au lieu de la voie romaine), ensuite, éviter de me faire poser sur la piste, voire dans les buissons (en optant pour le parking plutôt que le 100m), ensuite, éviter de finir dans les ronces ou de devoir refaire une tentative (en faisant ma perte d'altitude sur le parking), puis, éviter de finir dans un arbre (en le contournant), enfin éviter de taper dans un rocher à vitesse moyenne (en prenant de la vitesse dans ma dernière manoeuvre d'évitement échouée)

- Qu'est-ce que j'aurais du faire ?
Et bien le contraire, tout simplement... Aucune de ces décisions n'a, a posteriori, été bonne... Toujours facile à dire après coup...
En partant de la fin: je n'aurais pas fait la manoeuvre d'évitement du rochet, l'impact aurait été nettement moins violent et, s'il y avait eu des blessures, elles auraient logiquement été moindres (mais bon, difficile d'accepter de foncer sur un obstacle de front).
Je n'aurais pas contourné l'arbre en ouvrant le virage mais en le fermant: j'aurais juste blessé mon amour propre en devant débrancher l'aile...
Je n'aurais pas fait ce S pour perdre mon altitude: j'aurais posé trop long, dans les ronces ou bien je me serai retrouvé à devoir reprendre un peu de gaz pour refaire une tentative de posé ailleurs ou bien au même endroit mais en construisant mieux mon approche.
Je n'aurais pas choisi de me poser sur le parking (par prudence) sur rester sur l'axe du déco du 100m: j'aurais probablement fini sur la piste ou à l'entrée du terrain mais à faible vitesse (vent de face) avec certainement l'aile à retirer de quelques épineux...
Je n'aurais pas choisi de me poser au 100m pour aller sur la voie romaine comme prévu initialement: j'aurais perdu juste 10mn pour redescendre à pied à ma voiture...

- Les leçons à en tirer:
Il est parfois bon de savoir adapter son plan de vol quand les conditions l'exigent mais c'est à éviter quand c'est par confort au prix de l'acceptation d'une prise de risque supplémentaire, même minime...
L'improvisation n'est pas bonne conseillère...
Les manoeuvres engagées près du sol sont à proscrire...
J'arrête là, la liste pourrait être longue sans réel intérêt... La bonne question serait peut-être d'identifier pourquoi j'ai été amené dans cet enchaînement décisionnel... Je n'étais pas en état de stress particulier, pas fatigué non plus... Je pensais même privilégier la prudence... Peut-être que, justement, j'étais trop confiant et, en sortie de saison hivernale, je sous-estimais les conditions aérologiques turbulentes du secteur alors qu'on était déjà en conditions estivales...

A noter quand même un truc intéressant: après l'impact, je ressentais une douleur assez diffuse dans le bas du dos alors que cette zone n'était pas touchée. C'est au milieu que j'aurais du ressentir une douleur assez localisée. Il semble qu'on n'ait pas forcément l'info de douleur sur le moment lorsque le dos est touché. Même si c'était idiot d'avoir voulu sortir de la sellette en ayant un doute sur l'état de mon dos, ça a au moins été une bonne chose d'appeler les secours et de ne pas en faire plus. C'est toujours difficile d'accepter le fait qu'on ait pu se blesser, et on a facilement tendance à vouloir ignorer cela pour tenter de se convaincre que tout va bien. Probablement un retour d'expérience du précédent accident.

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Philippe P
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Re: Atterro cata sur un vol banal (2)

Messagepar Philippe P » Mer Août 08, 2018 9:38 am

Merci Benoît pour ce retour de vrac. Qui résonne d'autant plus fort qu'il arrive 24h avant le vilain crash de Mathis. Vous êtes deux pilotes qui inspirez l'admiration devant vos vols, et par conséquence un respect quant à vos aptitudes de vol. Et pourtant. :?

Ainsi que tu l'as très clairement exprimé, ton comportement de pilote très "factuel" et "logique" n'a pas suffi à éviter cet enchaînement de "petits" incidents. Je n'ai pas le détail du crash de Mathis, mais encore une fois, il ne s'agira probablement pas d'une erreur unique, mais de l'accumulation de plusieurs événements qui chacun pris indépendamment pouvaient (peut-être) ne pas entraîner cette catastrophe...

Je pense que nous devons voler non pas terrorisés (sinon quel intérêt?), mais avec une écoute bien plus attentive et objective des "analyses automatiques" générées par notre cerveau (et donc notre expérience) au fil du vol. Analyses que notre cerveau nous affiche discrètement en temps réel là dans ce recoin de la tête où souvent nous préférons ne pas regarder. Et quand quelque chose ne "colle" pas, à nous de ne pas hésiter à choisir la meilleure porte de sortie, sans tenir compte des conséquences éventuelles pour le matériel et/ou la marche à pied éventuelle si cela nous oblige à poser loin de tout.

Facile à dire...

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BrunoD
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Re: Atterro cata sur un vol banal (2)

Messagepar BrunoD » Sam Août 11, 2018 9:35 pm

Tu as dit que la veille c'était turbulent à la voie romaine, c'est peut être le début de l'enchaînement, en plus le 100m t'avais causé des ennuis 4 ans avant, peut être une deuxième source de changement d'option.
Je ne crois pas qu'il y ait de solution évidente pour être 'plus safe'. Par exemple, mon tempérament me pousse à refuser la turbulence près du sol et accepter facilenent la marche (à la voie romaine ce jour là mais régulièrement sur le plateau de Caussols) cependant je n'ai donc aucune pratique des conditions turbulentes pour me poser et j'aurai donc une couche de stress supplémentaire le jour où je serai contraint d'en subir. Plus safe aujourd'hui ou plus safe le jour difficile en étant entraîné... donc ton choix de poser à la voie romaine ou au 100m me semble défendable dans les deux choix.
Par ailleurs, j'ai l'impression qu'on peut lire dans ton récit plusieurs changements d'option ou décisions qui, en un seul passage, sont nécessairement de plus en plus rapprochés chronologiquement. Je crois que les prises de décision qui se succèdent avec un tempo qui accélère doivent nous alerter (il faut reconnaître ce ce développement) et nous inciter à temporiser en s'éloignant du relief pour donner à notre cerveau quelques secondes sans presssion afin de réévaluer plus globalement la situation et l'ensemble des options, pas seulenent celles au bout de l'entonnoir dans lequel on était rentré.
N'hésite pas à nous dire ou en est ta rééducation.

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pasc
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Re: Atterro cata sur un vol banal (2)

Messagepar pasc » Dim Août 12, 2018 5:44 pm

Merci Benoît pour ces enseignements,

Si j'ai bien compris, c'était généreux et tu pouvais, quand tu as constaté que tu étais trop court pour le 100 et trop haut pour le parking, juste t'échapper au large et reprendre sereinement une nouvelle tentative ?

J'ai souvent constaté qu'il y avait moyen de se faire bien mal en engageant du roulis* et de la force centrifuge (même modérée) juste avant d'atterrir. (j'ai même bien tassé ma d12 et fait le deuil de ma précision salvatrice fantasmée à cause de ça). Je ne parle même pas des obstacles et des dégueulantes comme dans ton cas.

C'est beaucoup plus compliqué d'être précis dans cette configuration. Dans un énorme champ sans obstacle, c'est le meilleur moyen pour rater la cible.

Sinon autre chose : Est-ce que tu ne penses pas que tes pieds abimés et le poids surréaliste de ton sac ne biaisent pas ton jugement en faveur de solutions sans trop de marche ?

Au fait, tu en es où tu peux revoler bientôt ?

Pasc


* De mémoire, certains on pris du gros roulis à cause de déclenchements dans des grands champs pendant des finales et ont tapé assez fort.

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Benoit Morel
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Re: Atterro cata sur un vol banal (2)

Messagepar Benoit Morel » Ven Août 17, 2018 10:46 am

Merci Philippe :-) Mais n'exagérons rien, en ce qui me concerne, je suis loin de faire des vols à la hauteur de Luc ou Honorin, ni même de Mathis... Et je pense que je n'en ferai de toute façon pas car, bien souvent, ça demande un engagement que je ne m'estime pas prêt à prendre... Souvent à tord... L'engagement n'est pas nécessairement en terme de sécurité (quoi que le fait de voler accéléré dans une masse d'air turbulente en fasse partie) mais juste sur le fait de risquer se vacher et de devoir marcher (le poids de mon sac compte mais c'est surtout la faiblesse de ma cheville qui pèse dans la balance). Je préfère trop souvent assurer le bouclage quitte à partir d'un site moins risqué (S-A plutôt que Bleine, ou Bleine plutôt que Gourdon) et faire demi-tour plus tôt...

Quoiqu'il en soit, pour en revenir à ta remarque sur nos alertes internes, je ne crois pas les avoir vraiment ignorées... quand j'étais au dessus du parking, je considérais effectivement être en mauvaise position pour mon approche mais rien d'inquiétant jusque là... juste quelques manoeuvres supplémentaires à faire pour mieux me positionner... Pourtant, je pense que j'aurais déjà du m'alerter (et donc rejoindre ton avis) en me considérant dans une zone malsaine... C'est d'autant plus bête que j'avais déjà eu un précédent avertissement il y a 3 ans, en plein été... En faisant mon approche, au niveau du même arbre, j'étais en train d'engager un dernier virage pour poser quand, là aussi, j'étais passé sous le vent d'un thermique... j'étais alors juste au dessus de l'arbre, bien axé mais je n'ai rien pu faire, ma voile à chuté verticalement dans l'arbre... j'en avais conservé une belle rayure sur la visière de mon casque tout neuf :-(

Pasc, je ne suis pas sûr que j'aurais été en mesure de reprendre le large... Du moins, pas en restant sur l'axe du parking, il aurait plutôt fallu que je reparte sur Cavillore... mais ce n'était pas mon objectif, je voulais me poser... Cela dit, selon l'activité thermique du moment, ça restait une possiblité et c'est pour cela que j'évoquais cette éventualité: en masse d'air neutre, il était clair que j'étais trop long et finissais dans les ronces au bout du terrain... vu la dégueulante que j'ai subie, j'aurais probablement posé bien avant... mais au vent de cette dégueulante, peut-être que je repartais pour un tour...

Quant au poids de mon sac, comme je le disais juste avant, c'est un élément que je prends en compte dans les options de cross mais ce n'est pas un élément prépondérant et, pour ce qui était de se poser ce jour là, c'était juste histoire de gagner du temps vu que ça semblait bien poser à coté de la voiture... En tout cas, le fait avoir un sac lourd est un choix que j'assume totalement car, partant du principe que mon matériel est davantage destiné à voler qu'à être porté, mes critères de choix privilégient d'abord le confort, la sécurité (ça peut être discutable si le poids est trop important), la robustesse et, dans une moindre mesure, la performance... Evidemment, tout étant affaire de compromis, j'ai fait l'impasse sur le prix et la légereté :-( L'esthétique n'entre pas du tout en ligne de compte...

Il est clair en tout cas, que les manoeuvres engagées prés du sol sont à éviter à tout prix... on prend une énergie cinétique importante et les blessures potentielles deviennent rapidement critiques... Le problème c'est de pouvoir évaluer dans quelle mesure une telle manoeuvre va pouvoir rattraper une mauvaise situation (évitement d'obstacle en général) ou provoquer des conséquences plus grave que de percuter l'obstacle à vitesse moindre. Je crois que, de tout façon, on ne va pas naturellement sur un obstacle et, forcément, on opte pour la stratégie d'évitement... ça passe en général... mais pas toujours :-(

A+


Benoit

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ericfradet
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Re: Atterro cata sur un vol banal (2)

Messagepar ericfradet » Dim Août 26, 2018 3:17 pm

merci Benoit pour ce retour d'expérience à froid qui est toujours plus objectif qu'au lendemain de l'accident.
En premier lieu, je suis étonné que tu ne mentionnes aucune appréhension à aller revenir te re-poser sur le lieu de ton crime précédent ! il faut croire que tu avais évacué cet accident de 2014....
Tout pilote d'expérience sait analyser la situation mais à mon avis, a tendance instinctivement de faire le choix le plus difficile : Se challenger pour à la fois assurer sa sécurité, sauver l'essentiel, et ne pas marcher, pas facile de faire un compromis comme celui-ci. On a tendance à toujours essayer de tout jouer pour tout sauvegarder (la santé + le matos ou un retour à pied...).
A l'autre extrémité, les gens moins expérimentés comme moi, vont jouer la fausse sécurité, c'est à dire renoncer au vol (là c'est sûr qu'on se fera trop rien), avorter le vol s'ils pensent que les conditions ne sont pas saines (sans en avoir la certitude), choisir un atterro facile, etc..
C'est pas une meilleure décision, le plus dur dans ce sport c'est de garder la lucidité !
L'autre point, la météo. On constate cette année sur Gourdon trop d'accidents à cette période / nombre de vols effectués pour des personnes expérimentées. Cette période assez éprouvante pour les nerfs des parapentistes (conditions pas terribles, ploufs, conditions marginales, etc.) . Cette période incite à parfois vouloir voler à tout prix.
Bon courage, c'est pas facile à vivre avec l'erreur qu'on a pu faire..sauf s'il est vrai "que tout ce qui ne tue pas rend plus fort"

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Benoit Morel
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Re: Atterro cata sur un vol banal (2)

Messagepar Benoit Morel » Lun Sep 03, 2018 1:23 pm

Salut Eric,

Effectivement, je n'avais pas d'appréhension particulière pour aller me poser là où j'avais précédemment eu mon accident... Je ne vois pas trop pourquoi d'ailleurs, je pense que ça aurait plutôt du ressort de la superstition si ça avait été le cas car les conditions n'avaient rien à voir... de même, cette fois encore, je ne vois pas de raison pour ne pas retourner me poser sur les lieux de ce second carton mais, naturellement, dans les deux cas, j'éviterai d'y retourner dans les mêmes conditions... Je me limiterai à des conditions avec une aérologie moins active, typiquement de fin de journée... Il y a un autre coin très semblable, c'est l'atterro de Cavillore... il y a déjà eu pas mal d'accidents, avec des pilotes de tout niveaux, et on sait qu'il ne faut pas y aller en conditions actives. La brise peut s'inverser à tout moment et les abords du terrain ne sont pas du tout accueillants... Je considérerai maintenant le parking du 100m avec les mêmes réserves...

En fait, il est bon d'avoir en tête que chaque fois que l'on fait une repose au déco, on accepte de prendre un risque pour une question de confort mais qui n'est pas du tout indispensable... Se poser à la voie romaine (ce qui était mon objectif initial) est, certes, bien moins risqué que se poser au déco même mais ça l'est probablement plus que d'aller à l'atterro "des abeilles" ou des valettes... Cela dit, là aussi, il n'existe pas de lieu qui soit rigoureusement sans danger quand il s'agit d'aller se poser, c'est toujours une phase critique du vol... très liée aux conditions aérologiques... D'où l'intérêt de consulter la météo et de savoir identifier les conditions qu'on juge limites... Il n'est pas inutile non plus de se rappeler quelques fois pourquoi on vole et que, si on ne se fait plus trop plaisir, c'est qu'il n'est peut-être plus vraiment justifié d'être en vol...

Enfin bon, maintenant que j'ai repris le vol, la punition est enfin terminée... Je ne peux pas dire que je volerai plus prudemment à l'avenir car, pour moi, l'accident n'a jamais fait parti de l'équation et je pense avoir 'presque' toujours choisi de privilégier la sécurité... Il va juste falloir réajuster un petit peu quelques paramètres sur le 'presque' :-) Je crois néanmoins que la notion de risque reste toute relative. Dans le domaine du vol libre, le risque me semble assez souvent bien identifié et compris alors que, pour les non pratiquants, il est complètement sur-évalué. D'ailleurs, souvent, pour eux, cette pratique se résume pour eux uniquement à ça alors que pour d'autres activités, c'est, à mon avis, parfaitement sous-évalué (moto, équitation, rando en haute montagne en condition orageuses, etc). Comme le disait Paulo Coelho "Si vous pensez que l’aventure est dangereuse, Essayez la routine… Elle est mortelle", à nous de savoir évaluer objectivement le niveau de risque que l'on accepte pour tout simplement vivre pleinement comme on l'entend.

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Re: Atterro cata sur un vol banal (2)

Messagepar jeanmichelf » Mar Sep 04, 2018 5:09 pm

Je découvre ce post que maintenant ...
Une pensée pour toi.

A trés vite ;)


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