Branchage du 9 juin 2017 au Sud du Semnoz

Les vraqués (c'est à dire la quasi totalité d'entre nous!) et/ou témoins de vrac décrient l'événement. Le but recherché est de permettre à tous de comprendre ce qui est la cause de l'incident/accident, dans l'espoir de ne pas le reproduire en situation similaire. On a trop souvent des incidents/accidents qui restent peu discutés ouvertement, alors que leur connaissance aurait pu éviter à un autre pilote le même souci!
Avatar de l’utilisateur
Philippe P
Messages : 344
Inscription : Mer Nov 03, 2010 11:01 am
Localisation : Nice Libération

Branchage du 9 juin 2017 au Sud du Semnoz

Messagepar Philippe P » Dim Juin 11, 2017 5:06 pm

- Condition du pilote en début de vol (OK, fatigué, épuisé, bourré, etc...)
OK
- Expérience du pilote (2h de vol, 1789h de vols, etc..)
350h de vol
- Matériel: (habituel ou en essai, catégorie et type de voile, sellette)
Habituel (Ion 2 light et sellette cocon Fantom light KarpoFly)
- Site du vrac
Contrefort Sud du Semnoz
- Conditions météo et heure au moment du vrac
Journée avec un plafond très modeste (en général <2000m), un vent de Sud-Ouest entre 5 et 25km/h selon l’altitude et les endroits traversés. Couverture nuageuse basse, à environ 30% sur les reliefs => pas mal de zones d’ombre. En résumé, pas des conditions idéales, mais largement volables.
- Description libre par le pilote/témoin
En venant du Sud (Revard), je me suis retrouvé à la ramasse derrière le groupe (une petite dizaine de voiles) sur l’extrémité Nord de la Montagne de Bange juste avant la transition sur le Semnoz. J’y maîtrisais à la perfection la célèbre baisse tendancielle du taux de montée suite à un nuage qui venait doucement mettre toute la zone à l’ombre. Les copains étant déjà en transition sur le Semnoz et ma zone étant toute passive, je me lançais à mon tour plutôt bas (<1300m) pour une transition de 2.4km à mon altitude. Je suis venu m’échouer bas (950m, soit 350m au dessus de la vallée) sur le contrefort Sud du Semnoz au dessus du pont de l’abîme (tout un programme). J’ai transité avec une finesse Ionique de 6.85 et une vitesse moyenne de 41km/h (avec un barreau). Donc pas de vent notable à ce niveau. J’arrivais bas, mais c’était récupérable. Les copains arrivés plus haut parvenaient plus ou moins bien à monter, quelques rares ailes descendaient. Les conditions étaient relativement molles, cycliques, et sans vent/brise pour espérer monter en soaring.
Je passe en mode survie, mais après un gratouillage de 5 bonnes minutes qui m’amène juste au dessus de 1000m, tout s’arrête, et je redescends inexorablement de 250m. Grrrr… Je commence à repérer les vaches (embarras du choix, ici!), et magie du parapente, le nuage se barre et un thermique reprend du service. Pas terrible (+/-1m/s), mais pas question de faire le difficile : je prends ! Le thermique a l’air de tenir, et moi de le tenir. Après six tours constamment entre trente et cent mètres au dessus de la magnifique frondaison de feuillus du Semnoz, j’arrive sur un petit replat, à 980m. Le thermique s’incline et suit le bord du replat.
Je me sens poussé sur ce replat, avec peu de réserve (± 20m de gaz), mais ça monte toujours un peu.
J’hésite une fraction de seconde : la sagesse me dit de tirer vers la droite pour me mettre au dessus du gaz de la combe au Sud Est, avec la garantie de perdre Thermicus sympathicus, et ma stupidité me dit de ne pas laisser tomber T. sympathicus, qui de toute façon devrait me faire monter au dessus du replat, qui est en plus couvert de jolis arbres bien moins flippants que nos nombreux cailloux des Alpes du Sud.
Erreur : je choisis la stupidité.
Je pars au dessus du replat. Hou là! je suis bien bas et ça dérive beaucoup. Je ne suis pas sûr de pouvoir regagner le bord si ça ne monte plus: hop, j’appuie un peu plus sur la commande intérieure pour resserrer le tour et revenir vers le bord.
Et là, sensation instantanée de passer sur une plaque de verglas. « Tout va très vite », comme on dit dans ces cas là, et je ne sais pas trop ce qui se passe. J’ai la chance d’avoir Joël F. juste au dessus, qui me zieute depuis un moment avec curiosité en train de brouter les feuillus. Sa vision de l’incident :
Vrille à plat (un demi tour? un tour? Je ne me souviens pas bien s’il l’a précisé), bras haut, parachutale, et la voile revole finalement. Mais trop tard, je suis déjà entré dans la frondaison, sur un magnifique chêne à double tronc. La voile est bien obligée de me suivre. Elle se pose gentiment sur les branches du haut, et me voilà suspendu presque en position de vol (gîte bâbord 30°) à 3-4m du sol, en train de savamment tenir les commandes, sait-on jamais, un gros thermique pourrait peut-être nous ressortir de là par le haut ?
Non.
Bon, réveillé par les beuglements radio genre « Fion, tu vas bien????!!!!???? » toutes les 5 secondes, je pars à la recherche de mon micro qui bien sûr s’est décroché lors de l’arbrissage. Je finis par l’attraper après 1 minute et une dizaine d’appels radio de plus en plus angoissés. Je rassure les copains, tout va parfaitement bien. Pas le moindre bobo, hormis le camouflage spécial feuillu : pas mal de petites brindilles avec de jolies feuilles vertes un peu partout dans le sellette.

- Enseignement éventuel et conclusions tirées
- Ne pas resserrer éhontément un virage déjà serré.
- Garder une bonne cinquantaine de mètres de gaz peut être bien utile.
- Si doute, ne pas hésiter à prendre l’option la plus sage, quitte à devoir poser.

REMARQUES :
1- Live tracking : IN-DIS-PEN-SABLE, même pour des vols que l’on pense courts et sans intérêt.
Ici, PLEIN de voiles ont vu où j’ai feuillué (forme verbale de l’expression : poser dans un arbre feuillu). La personne qui est monté à pied vers moi me demandait par radio de siffler (pas dans la radio!) afin de me localiser à l’oreille, ce qui n’a pas été très efficace. De plus, si je n’avais pas su siffler, ou si j’avais eu le sifflet coupé pour une raison ou une autre, ou que je n’avais pas de radio fonctionnelle, cette méthode serait inadaptée. La position GPS fournie pas le système tracking lui a finalement permis de venir droit sur moi. Marco sur le tchat AGDL avait correctement identifié mon feuilluage sur la page live-track AGDL depuis la région niçoise. Donc même si personne ne m’avait vu feuillué, je restais facilement localisable pour faciliter un secours éventuel. Enfin, ma voile s’est bouchonnée en se stabilisant dans les branches, juste SOUS la couche supérieure. Elle était très peu visible d’en haut, ce qui n’aurait pas facilité une recherche par hélico si cela avait été nécessaire.

2- Feuilluage (nom commun, masculin singulier, dérivé de l’expression : poser dans un arbre feuillu).
J’ai sans doute été chanceux, donc prenez la suite avec des pincettes. MAIS :
Au moment de mon entrée dans la canopée, mon aile avait repris son vol normal en ligne droite régulière selon l’observation de Joël F. J’ai donc (involontairement) « posé » avec une vitesse sol de 20km/h environ. Tout ça pour dire que DANS MON CAS (encore une fois, je ne prétends pas que ceci soit une vérité absolue), bien que le contact avec les branches (cf point 3 ci-dessous) soit vif, le feuilluage est relativement inoffensif.
Conclusion : si un jour je me retrouve dans une situation où le choix est soit une vache très risquée entre maisons/cailloux/rivière ou autres cochonneries d’une part, et un bon gros arbre feuillu qui traîne par là d’autre part, je n’hésiterai pas. En pensant, si possible, à viser la partie la plus « dodue » de l’arbre en arrivant face au vent, et en gardant les jambes groupées (cf point 3). Selon mes souvenirs (flous), un réflexe m’a fait mettre les avant-bras en croix devant le visage sans avoir lâché les commandes, afin de me protéger la face des gifles éventuelles des branches.

3- Intérêt de la sellette cocon.
Le fait de voler dans une sellette cocon est clairement un gage de sécurité passive dans ces situations : Le plateau avant de la sellette a heurté une assez grosse branche (la trace du frottement est visible sur le tissu couvrant le nez du cocon), est passé d’un côté en entraînant mes deux jambes de ce même côté de la grosse branche. Je pense qu’il n’est pas nécessaire de s’appesantir sur ce qui se passerait au cas où la grosse branche viendrait à arrêter le/la parapentiste en se glissant entre ses jambes…

4- L’homme descend du singe, et le singe de l’arbre.
Perché dans ma sellette, j’étais clairement trop haut pour sauter sans risque sur un terrain en pente parsemé de cailloux. Je vois à proximité un petit arbre au tronc étroit et incliné, sans branches basses. Après quelques minutes d’attente, et ayant vérifié que j’étais bien accroché, je suis parvenu à attraper ce petit tronc, et à m’y poser en équilibre sur les genoux. En me sécurisant avec un bras autour de ce petit tronc, j’ai décroché tous les trucs et les machins qui me liaient au cocon, sauf les sous-cutales. Après avoir jeté ma doudoune et quelques bricoles (mais en oubliant mon portefeuille, mon téléphone et mon eau…), j’ai accroché la radio sur moi, et j’ai libéré les sous-cutales. Pas simple, parce que les boucles ne doivent pas être sous tension pour pouvoir être décrochées. En me hissant un peu sur le tronc, ça l’a fait. En entourant le tronc de mes bras et jambes, j’ai laissé la sellette repartir se balancer gentiment, et je me suis tranquillement laissé glisser jusqu’au sol.
Je l’ai fait parce que :
1- il n’y avait apparemment pas de risque de chute (mauvaise raison).
2- je trouvais le temps long (très mauvaise raison);
3- je crevais de chaud et avais vu en enlevant ma doudoune que j’avais une certaine mobilité ;
4- le tronc « issue de secours » était parfait.

Après coup, ce n’était pas très malin : je savais que j’allais avoir de l’aide (arrivée en un peu plus d’une heure), donc il n’y avait pas le feu; je m’étais involontairement séparé de mon téléphone et de mon eau, oubliés dans la sellette désormais inaccessible, et qui m’auraient été utiles au cas où j’aurais été vraiment isolé. En plus, je n’avaient ni carte bancaire ni argent, ce qui m’empêchait d’aller boire un coup au village du coin…

Bref, il faut vraiment bien réfléchir avant de descendre quand on est perché, et prendre le temps de faire le tour de ce que l’on doit prendre avec soi avant d’abandonner « le navire », et être sûr que l’on ne risque pas de tomber. Laisser pendre le secours jusqu’au sol aurait pu être malin, afin d’avoir une option « retour sellette » si nécessaire, et une assurance lors de la descente.

- Si possible, lien vers la trace GPS juste avant et pendant le vrac
Trace:
http://www.victorb.fr/visugps/visugps.h ... PPA-01_igc
Pas de caméra, malheureusement.

Avatar de l’utilisateur
BrunoD
Messages : 1901
Inscription : Lun Jan 09, 2006 5:06 pm
Localisation : Sophia

Re: Branchage du 9 juin 2017 au Sud du Semnoz

Messagepar BrunoD » Dim Juin 11, 2017 5:49 pm

Tu risquais rien avec ton secours.
Content que ça se termine bien.
Je retiens : entre deux options, ne pas prendre la mauvaise, sauf à vouloir faire rire les copains sur le forum.

Avatar de l’utilisateur
marcangelo
Messages : 142
Inscription : Mer Mai 09, 2007 10:06 pm
Localisation : Cipieres

Re: Branchage du 9 juin 2017 au Sud du Semnoz

Messagepar marcangelo » Dim Juin 11, 2017 8:47 pm

Merci pour le récit !!
J aurais peut être du t appeler en voyant le live track mais il était déjà tard..et je te savais bien entouré !!..et de ttes façons ton tel était inaccessible..
Dommage pour la vidéo!!

Avatar de l’utilisateur
ericfradet
Messages : 88
Inscription : Ven Août 20, 2010 9:30 am
Localisation : Le Tignet
Contact :

Re: Branchage du 9 juin 2017 au Sud du Semnoz

Messagepar ericfradet » Dim Juin 11, 2017 9:11 pm

salut Philippe,
je savais que tu étais un pilote "branché"..Je connais bien ce coin du Semnoz pour y avoir volé X fois (X étant supérieur à 40) et effectivement on s'y sent en sécurité comparé au monde minéral de Gourdon-Gréo..
Cette fausse sécurité a même créé des emplois ! en 1999 une 1ère structure spécialisée dans le dépannage de personnes pratiquant le vol libre voit le jour : Marsupilacime
Merci pour ton récit, je rajoute un élément pour ceux qui n'ont pas de cocon : il faut croiser les jambes lors d'un "arborissage" pour éviter qu'une branche vienne se loger dans l'entrejambes et ainsi assurer sa descendance...

Avatar de l’utilisateur
Philippe P
Messages : 344
Inscription : Mer Nov 03, 2010 11:01 am
Localisation : Nice Libération

Re: Branchage du 9 juin 2017 au Sud du Semnoz

Messagepar Philippe P » Dim Juin 11, 2017 11:21 pm

Oui Eric! Heureusement qu'ils étaient là!! Bien que certains "copains" m'aient fortement suggéré de laisser la Fion en haut de son arbre. On m'a même proposé un peu d'argent pour l'y laisser. Pfff...

Pour info, Marsupilacime a changé de nom. Maintenant, c'est Canopée Verticale.
Leur site est là:
http://www.canopeeverticale.com/bienvenue.ws

Je leur ai donné les coordonnées GPS du site à 20h00, et le matin suivant à 8h02 je recevais un SMS me disant que la voile était dans leur véhicule, et serait disponible à l'atterro de Planfait pour 10h00. En fait, elle y était à 9h30.

Ils travaillent proprement, en décrochant doucement la voile, qui était quand même à plus de 15m du sol sur les branches hautes, donc flexibles... Une adresse à garder dans son carnet quand on "vole" à Annecy...

adminfurom
Administrateur - Site Admin
Messages : 65
Inscription : Mar Jan 03, 2006 8:19 pm
Localisation : Nice
Contact :

Re: Branchage du 9 juin 2017 au Sud du Semnoz

Messagepar adminfurom » Lun Juin 12, 2017 6:56 am

Quelle aventure !

Avatar de l’utilisateur
willyguitar
Messages : 143
Inscription : Ven Mai 15, 2009 12:16 pm
Localisation : auribeau

Re: Branchage du 9 juin 2017 au Sud du Semnoz

Messagepar willyguitar » Lun Juin 12, 2017 1:02 pm

comme quoi... faut toujours avoir un jardinier-élagueur avec soi ... pas de mal c'est déja ça :D

Avatar de l’utilisateur
Yannickb
Messages : 34
Inscription : Mar Mars 22, 2016 7:46 pm
Localisation : Vence

Re: Branchage du 9 juin 2017 au Sud du Semnoz

Messagepar Yannickb » Lun Juin 12, 2017 2:10 pm

Heureux que tu n'ai rien. Merci pour le récit autant instructif que drole


Revenir vers « Retour de vrac / accident »

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 1 invité

cron