L’accident c’est la norme

Les vraqués (c'est à dire la quasi totalité d'entre nous!) et/ou témoins de vrac décrient l'événement. Le but recherché est de permettre à tous de comprendre ce qui est la cause de l'incident/accident, dans l'espoir de ne pas le reproduire en situation similaire. On a trop souvent des incidents/accidents qui restent peu discutés ouvertement, alors que leur connaissance aurait pu éviter à un autre pilote le même souci!
Eric Gignoux
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L’accident c’est la norme

Messagepar Eric Gignoux » Dim Juil 27, 2014 1:09 am

J’étais dans l’Atlas marocain au retour d’un raid a ski. Nous avions pris un taxi pour retourner a Marrakech. Le chauffeur, sympa par ailleurs, doublait systématiquement en cote sans visibilité. Nos remarques insistantes sur les dangers d’une telle pratique étaient sans effet. “ Et si un camion arrive en face ? “ Il répondait invariablement avec un grand sourire“ Inchallah, c’est le destin …” Nous avions fini par lui demander de nous déposer dans un village, quitte à galérer pour trouver un autre moyen de transport.

Je relis les commentaires échangés sur le forum après la mort de Christophe: ca fait partie des risques du vol, Le destin, la fatalité. Qu’avons-nous appris de la longue série d’accident qui sévit dans notre club ? Ou en est la réflexion sur notre sécurité ? Ou sont les remises en question ? J’ai bien peur qu’on soit proche du niveau zéro. On accepte l’accident, fataliste, Inchallah. Nous sommes comme ce chauffeur de taxi qui double en cote et invoque le destin.

L’accident, c’est la norme. La seule question, c’est à qui le tour ?

Je suis en colère vous l’avez compris, je n’accepte pas la fatalité, surtout quand une bonne partie de ces accidents seraient évitables en appliquant quelques principes simples.

Les causes des accidents sont la plupart du temps un mix de trois facteurs : nous volons sans approche rigoureuse de la sécurité, avec un matériel souvent trop pointu dans des conditions trop exigeantes pour nos compétences.

Alors, c’ est bien beau de jouer les Cassandre, mais que proposer ? Il suffirait que chacun mette en pratique quelques principes simples pour réduire de façons conséquente le nombre d’accident. En voici sept:

1- Avoir une vraie réflexion sur sa pratique du vol, ses objectifs et sur le matériel nécessaire pour les atteindre. Qu’est ce qui nous empêche de prendre une voile d’un niveau légèrement inferieur ? On perdra un peu en finesse face au vent, mais on gagnera beaucoup en confiance et en maitrise. Certains l’ont fait et ne regrettent pas (Olivier Rodde et d’autres). Pourquoi pas vous?
Toujours dans la réflexion sur sa pratique, et en fonction de ses objectifs, faire l’inventaire de ses compétences, de ses défauts à corriger et des limites que l’on se donne. Dans quelles conditions va t-on accepter de voler?

2- Faire un pré-vol systématique avant chaque vol.
La bonne prévol, la voici:
ADAPtable et Libre :

A : pour attaché 5 points: 2 cuissardes, 1 Ventrale, 2 élévateurs. On vérifiera également les maillons reliant chaque élévateur aux suspentes
D : pour démêlé. On effectuera un démêlage en étalant, ou on s’en remet au pré-gonflage. La vérification se fera suspente par suspente, de l'élévateur a l’intrados. On vérifiera l’absence de clé, de branche, de tour de frein
A: pour Accélérateur. On vérifiera le bon coulissement de l’accélérateur, l’absence de tour sur les élévateurs, sellette ou la poignée du parachute
P: pour Parachute. On vérifiera les aiguilles, la poignée, la connexion du parachute aux élévateurs si il est en ventral.
L : pour Espace aérien Libre. On vérifiera l’espace libre devant le déco.

On fera cette prevol après s’etre attaché, avant de gonfler. Si trop de temps s’écoule sur le déco avant de décoller, refaire une mini prevol rapide juste avant le gonflage. Si on rate un gonflage, on recommence à la prevol, a zéro.

3- On fera des heures et des heures de gonflages, surtout en début de saison. Les bénéfices sont immenses: amélioration de la technique de décollage, et surtout véritable simulateur de vol pour affiner son pilotage, acquérir des automatismes en turbulence. Ceux qui pratiquent le gonflage intensément ne ferment presque jamais.

4- Au décollage: Les heures de gonflages nous permettront d’avoir une technique irréprochable. On saura gonfler face voile et dos voile pour les très petites conditions. On saura quand interrompre un gonflage ou une course d’envol avant de se mettre dans le rouge. On connaitra ses limites par vent fort. On pilotera sa voile dès la course d’envol et en sortie de déco. ON NE LACHE JAMAIS LES COMMANDES EN SORTIE DE DECO.

5- En vol on essaiera de voler haut, loin du relief, Luc et nos autres grand cross men le conseillent tous. Quand on est contraint de voler près du relief, on pilote très concentré. On saura reconnaitre les conditions traitresses, on connaitra ses limites en turbulence et on saura quand interrompre le vol. ON N’ACCELERE PAS PRES DU RELIEF.

6- En vol on se méfiera des gros noirs, on ne volera pas dans les nuages. On saura s’échapper en ligne droite si nécessaire. On évitera les lignes à haute tension (on cherchera les poteaux du regard) et on évitera les collisions en respectant les règles de l’air. On s’abstiendra si on n’est pas à l’aise dans les grappes denses.

7- En préparation de l’atterro, on gardera du jus, l’énergie et la concentration nécessaire pour faire une belle approche. On fera des approches en U ou L. On visualisera les points d’entrée de chaque branche. On visera la première moitié de terrain. On pilotera concentré jusqu’au sol. On se méfiera du gradient, des obstacles sous le vent, des conditions thermiques en finale. En cross, comme le conseille Luc, on s’entrainera à chercher en permanence la meilleure vache, la meilleure approche. On évitera de se re-poser au deco, la plupart du temps inutile et facteur de risque (zone étroite et ascendante) On se fixera une cible imaginaire a chaque atterro. CHAQUE ATTERO EST UN ATTERO DE PRECISION.

Si ce programme en rebute certains, je vous fais une ordonnance allégée:

1. Prevol ADAPL systematique
2. Cinq heures de gonflages, à commencer dès que possible
3. Trois conseils de vol:
• On ne lache pas les commandes juste après le deco et pres du relief en general
• On n’accelere pas pres du relief
• On evite de se reposer au deco

Ce programme allégé, si appliqué par tous, nous aurait évité 2 morts dans le club et sans doute un certain nombre de cartons.

Pensez sécurité. Faites-le, pour que l’ accident ne soit plus la norme mais l’ exception.
Bons vols.

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jv
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Messagepar jv » Dim Juil 27, 2014 11:02 am

Salut,

Tu n'as pas tord, nous avons "normalisé le vrac!".

Juste là où je ne suis pas tout à fait d'accord c'est sur le "trop pointu dans du trop fort", je vais presque dire une énormité mais je pense que c'est même devenu complètement l'inverse.... la tendance actuelle étant de revenir régulièrement sous des voiles dites "moins exigeantes" mais avec des perfs similaires.

A faire des voiles ultra performantes dans des catégories "basses", nous sommes dans un contexte où le discours officiel c'est "fermer c'est pas grave!" et donc l'attention requise du pilote ainsi que la nécessité de savoir piloter est devenu "obsolète" selon les marques et les revendeurs (si si moi aussi je me critique).

Nous avons un discours qui donne "tu vas voler comme un oiseau, et si ça merde, tu fermes les yeux tu comptes jusqu'à 3 et hop, magie, tu voles, c'est marqué dans le rapport!!!!"

Mais un oiseau, ça ne ferme pas...

Le discours actuel en est arrivé à démystifier totalement la fermeture, en faire un élément naturel, contrôlé, vérifié, quantifié, catalogué, HOMOLOGUE.

Hors, les voiles "modernes" sont devenues des engins de précision même en catégorie B... Si on reste dans les clous, c'est déjà super mais dès que l'on sort un poil de la ligne d'homologation, ben.... c'est plus pareil.

On oubli souvent qu'une Fermeture "B" reste une fermeture et que celle-ci arrivant près du sol.. Elle n'en reste pas moins mortelle qu'une fermeture D ou open class... le sol il fait mal pareil, il a la même homologation pour tous "DUR".

On oublie qu'une fermeture homologuée se passe en conditions calme, contrôlée "CNTP" comme l'on disait dans les cours de physique au collège (pour ceux qui ont oublié: conditions naturelles de température et pression) alors qu'une fermeture classique est souvent le fait d'une aérologie pas très saine à un endroit donné et que l'on peut comprendre que cette aérologie peut aussi avoir une influence sur la réouverture ou le comportement "normalement homologué" de la voile en vrac...

Pour ceux qui ont essayé, faire des wings quand ça tarte, c'est pas pareil que faire des wings dans de l'huile.. pas du tout pareil...

Si je voulais faire une analogie c'est un peu comme si l'on vendait des voitures en disant que grâce à l'AIRbag, ce n'est pas grave de se prendre un poteau de face, que la sécurité passive vous donne le droit de le tenter.

Hier, une entorse au poignet d'un pilote qui a merdé à l'atterrissage avec sa voile A qui pardonne tout... il s'en tire pas si mal pour un pilote qui n'est pas passé par la case école....

allez zou, je suis en retard pour le taf..

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boulette
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Messagepar boulette » Dim Juil 27, 2014 9:00 pm

Moi je dirai que la video est un peu coupable....pour tous les sports aeriens ça a l air super facile,le parapente,le speedflying,wingsuit....etc!!! Notre société est malade et nous avons besoin de vivre...pas de sur-vivre! Combien de personnes décollent en laissant ses soucis au sol et vole à 100% de concentration?? Une poignée de pilote!!!

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Benoit Morel
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Messagepar Benoit Morel » Lun Juil 28, 2014 12:36 am

Il est vrai que, dans notre loisir, la culture sécuritaire est moins marquée que dans d'autres activités mais cela est fortement lié au fait que ces autres activités (comme la plongée ou la chute libre) sont tributaires de tiers dont c'est le métier et, par conséquent, qui sont très encadrés juridiquement et qui ont pour rôle de transmettre cette culture du risque... Ce n'est pas notre cas. Il y a certainement des progrès à faire mais il serait illusoire de vouloir arriver au même niveau que ces autres loisirs. Il est certain qu'on aurait à y gagner, ne serait qu'en terme de couverture d'assurance (pour des prêts immobiliers par exemple). Je suis toujours choqué de voir notre loisir arriver en tête de liste des conditions d'exclusion alors que la pratique de la moto ou de l'équitation ne sont aucunement prises en compte. Pourtant, elles sont loin d'être dépourvues de risques (j'ai vu une foule de cas dramatiques au centre héliomarin) et, néanmoins, elles sont socialement acceptées. On est supposé avoir suivi une formation censée nous avoir sensibilisés à tous risques. Le partage autour des accidents qui arrivent encore trop régulièrement doit nous aider dans ce sens. Il existe aussi une base de données de non-accidents gérée par la fédé qu'on peut aller consulter pour s'y sensibiliser davantage. Peut-être Peut-on aller plus loin via des fascicules ou que sais-je encore? Je crois que c'est la tâche de Vincent Lacours au sein de la fédé.

Comme l'illustre ton exemple, le fait de refuser de voir un risque ou de l'accepter sans même chercher à savoir si on peut l'éviter est indubitablement choquant... Mais le fait de ne pas accepter la moindre prise de risque est tout aussi excessif. Se déplacer (à pied, à vélo, en voiture, moto, avion...), descendre un escalier, bricoler, faire le ménage, travailler, même se nourrir... il y a partout un risque fatal. Il faut aussi parfois savoir l'accepter... de façon objective. N'importe quelle activité revient, in fine, à jouer un peu à la roulette russe, avec des probabilités variables. A quel niveau faut-il fixer le seuil de probabilité socialement acceptable pour autoriser une activité? Comme l'a dit Woody Allen "la vie est une maladie mortelle sexuellement transmissible". La fatalité a peut-être parfois bon dos mais elle fait partie du jeu, qu'on le veuille ou non. Le pire c'est qu'elle est rarement juste. C'est un peu à chacun de choisir à quel niveau il souhaite mettre le curseur entre la probabilité d'une potentielle moindre longévité et le fait de vivre plus intensément son toujours trop bref passage. L'essentiel c'est de lui en donner les moyens. Je ne suis pas convaincu qu'on n'ait pas déjà ces moyens. C'est aussi un peu le prix de la liberté. A trop vouloir protéger les gens d'eux même on finit par tout interdire (...et mourir prématurément d'inactivité?). Alors pourquoi ne pas interdire le vol libre si on juge cela trop dangereux et les personnes supposées adultes trop peu responsables pour le pratiquer? C'est déjà le cas pour les vols de nuit. Il suffit juste d'élargir un tout petit peu la période d'application... Peut-être s'agit-il aussi d'un problème de culture et faudrait-il alors faire évoluer nos sociétés vers un schéma tel qu'on l'a connu par le passé ou tel qu'il existe encore dans certains pays où la question du vol libre ne se pose guère... On y aura peut-être aussi droit plus tôt qu'on ne le croit... Cela étant, je ne veux pas non plus dire par là qu'un effort de progrès permanent n'est nécessaire...

A+


Benoit

Maurice
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Messagepar Maurice » Lun Juil 28, 2014 1:47 pm

Merci Benoit,

Je n'aurai pu écrire mieux pour ces idées que je partage.
Je confirme aussi, par expérience, et par des discussions avec les thérapeutes que j'ai fréquentés ces dernière années, que d'autres sports dont l'équitation présentent des conséquences d'accidents qui sont souvent très graves.
Hors, les assurances et les banques ne les considèrent pas de la même façon que pour les risques en parapente.
La (notre ?) communication doit y être pour quelques chose. L'imaginaire développé chez les "terriens" par le vol, aussi.

Bonnes vacances, et bon vols à tous.

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pasc
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Messagepar pasc » Lun Juil 28, 2014 2:54 pm

http://www.invs.sante.fr/publications/2010/traumatismes_equitation/rapport_traumatismes_equitation.pdf

Salut Maurice,

Il y a à la louche autant d'accident mortels et grave en parapente qu'en équitation.
Mais X fois + de pratiquants pour l'équitation.
Donc pour l'assureur le parapente est X fois plus dangereux, normal.

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Lauziere
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Messagepar Lauziere » Lun Juil 28, 2014 8:12 pm

Salut à tous,

Merci Eric pour ce rappel, surtout cette année ...
Il en va de la sécurité comme de la mode, c'est cyclique, dés lors qu'il y a une série d'accidents, on en reparle, puis ça se calme...il n'empéche que ce n'est jamais inutile de faire des rappels.
Une longue série de vols sans aucun incident met en confiance, mais c'est à ce moment qu'il faut justement être encore plus prudent.
Chaque vol est un autre vol...et le rappel des aviateurs:

"ce qui n'est jamais arrivé arrivera certainement un jour"

Pensons-y à chaque vol;

Beaux vols à tous :)

Eric Gignoux
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Messagepar Eric Gignoux » Lun Juil 28, 2014 11:32 pm

Salut,

Je rebondis sur quelques commentaires :

La mediatisation de notre sport (et d'autres type wingsuit, mais on peut ajouter ski de pente raide, VTT extreme ..) induit une impression de facitilite et une culture de la performance, Boulette a raison. On y echappe pas chez nous. Les posts sur les vols de Luc sont nettement plus interessants que ceux (rares) sur la securite, j'en conviens.
Le probleme c'est que cette culture de la perf n'est pas contrebalancee par un minimum de culture de securite.

La question de norme est avant tout une notion collective, sociale. Les routes de l'Atlas sont dangereuses, l'accident y est malheureusement commun. Pourquoi notre chauffeur de taxi arreterait-il de doubler en cote si de toute facon il y aura des accidents et si ses collegues le font? La norme, c'est de doubler en cote et de s'en remettre a la chance et a ses reflexes.
En parapente, c'est pareil : pourquoi faire une prevol systematique si personne n'en fait et si de toute facon il y a des accidents ?

Ca peut changer, les comportements pevent changer, les stats peuvent baisser, en un mot les normes peuvent changer. L'accident peut devenir l'exception. Il suffit de le vouloir. Sans pour autant reglementer, le vol libre doit le rester. Par contre dans cet espace de liberte, qu'est ce qui nous empeche de developper cette culture de securite ?

Enfin, il faut etre pragmatique et specifique. Regarder les causes principales d'accident, les remedes / preventions possibles et applicables par le pilote moyen. Ca peut commencer par la prevol systematique la plus evidente des preventions.

C'est faisable.
a+


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